Extrait : "J'écris lorsque je ne suis pas absorbé par ma vie politique. On ne peut écrire sans l'unité de l'esprit, que seule rend possible l'unité du temps. Or, le plus souvent, l'action m'empêche de trouver une sérénité intérieure suffisante. L'écriture, la réflexion devant une feuille de papier, une plume à la main, exigent du temps. La fatigue, l'accumulation des responsabilités, trop d'énergie dépensée à autre chose font qu'il ne m'est pas toujours facile d'en dégager. Il y a un temps pour l'action et un temps pour l'écriture. Il est néanmoins possible de les réunir dans des oeuvres de circonstance : allocutions, notes adressées à mes collaborateurs, préfaces à des ouvrages. "
J'ai toujours pensé que l'écriture était proche de la musique mais beaucoup moins pure que celle-ci et j'ai toujours envié les musiciens qui me semblaient pratiquer un art supérieur au roman – et les poètes, qui sont plus proches des musiciens que les romanciers.
J'appartiens à une génération intermédiaire et je serais curieux de savoir comment les générations suivantes qui sont nées avec l'internet, le portable, les mails et les tweets exprimeront par la littérature ce monde auquel chacun est « connecté » en permanence et où les « réseaux sociaux » entament la part d'intimité et de secret qui était encore notre bien jusqu'à une époque récente – le secret qui donnait de la profondeur aux personnes et pouvait être un grand thème romanesque.
L'écriture, c'est comme un iceberg, avec un dixième émergé. La partie émergée, c'est le premier roman. Ensuite, il y a le deuxième, le troisième... A chaque roman, on va plus profond
L'écriture peut-elle viser autre chose qu'une mise au point avec soi, une catharsis, une purification aristotélicienne? Viscérale, sincère, authentique, la fabrication d'un livre obéit aux lois de la psychologie des profondeurs.
L'écriture m'a ouvert des espaces inexplorés. Dans de courts textes en prose - poèmes ou explosions ? -, j'ai tenté de pénétrer en moi-même. Je m'embarquais dans chaque mot comme sur une coque de noix.
En espagnol : "La escritura me abrio espacios inexplorados. EEn breves poemas en prosa — ¿ poemas o explosiones? — trate de penetrar en mi mismo. Me embarcaba en cada palabra como en una cascara de nuez."
En anglais : "Writing opened up unexplored spaces. In brief poems in prose - poems or explosions ? - I tried to penetrate myself. I embarked myself in each word as if in a nutshell."