Extrait de : "Je hais les livres ; ils n'apprennent qu'à parler de ce qu'on ne sait pas. On dit qu'Hermès grava sur des colonnes les éléments des sciences, pour mettre ses découvertes à l'abri d'un déluge. S'il les eût bien imprimées dans la tête des hommes, elles s'y seraient conservées par tradition. Des cerveaux bien préparés sont les monuments où se gravent le plus sûrement les connaissances humaines."
Qui n'a rêvé, en un seul tableau, en un seul livre, de mettre enfin tout l'objet, tout le sujet ; tout de soi : toute son expérience, tout son amour, et combler ainsi l'espérance infinie, l'infinie attente des hommes.
Chaque fois que les livres sont rares, ils résistent bien. A l'extrême, si vous les interdisez ils deviennent infiniment précieux. Interdire les livres, c'est les rendre désirables. Toutes les dictatures ont connu cette expérience.
Le cinéma vous donne quelque chose qui est plus proche de la bande dessinée, souvent. Et pour approfondir y'a quand même rien de tel que l'espace du livre, que son silence, que sa durée, que son ampleur, que sa profondeur.
J'ai été plongée très tôt dans les livres, mais jamais avec l'intention de m'y enfermer. Je n'allais pas dans les livres pour y rester, mais pour revenir dans le dans le monde, même si c'était le monde de mon enfance, armée de la leçon du langage, des formules, des verbes ... La littérature sert à éclaircir la vie .
La phrase dans son contexte : "Lire un livre, c'est achever de l'écrire, non en lui apportant un complément de sens, ou une interprétation « personnelle », mais en lui fournissant le secours de notre monde propre pour qu'il s'incarne."
Le Monde, 30 janvier 2009
Propos recueillis par Josyane Savigneau
Contexte et précisions
Lien vers l'article : https://www.lemonde.fr/idees/article/2009/01/30/daniele-sallenave-les-jeunes-ne-lisent-pas-les-adultes-non-plus_1148603_3232.html