"Aux yeux du lecteur, les personnages ne « naissent » pas, ils existent dès leur apparition dans le texte. Pas de naissance, pas de croissance, pas d'apprentissage, une seule mission : être là d'entrée de jeu. Ils peuvent s'épaissir au fil des pages, bien sûr ; mais d'abord : « être là ». Or, un personnage n'est vraiment là que s'il échappe à la péripétie qui a rendu son apparition nécessaire, à la fonction qui prétende le définir, en un mot aux ficelles que l'auteur croit tirer."
Le paysan, le lecteur de romans, le pur ascète - ces trois-là connaissent le bonheur, car ils renoncent tous trois à leur personnalité : l'un parce qu'il vit selon l'instinct, qui est impersonnel, le deuxième parce qu'il vit par l'imagination, qui est l'oubli, le dernier parce qu'il ne vit pas et que, sans être mort, il dort.
Question : Pensez-vous que les séries s'apparentent à une nouvelle littérature populaire ?
"Rien ne pourra remplacer l'expérience d'un lecteur recevant des mots, et les transformant grâce à son imagination. Et c'est tant mieux. En revanche, dans certaines couches de la population américaine, les lecteurs sont rares et les séries télé peuvent avoir un rôle comparable à celui de littérature populaire. Un rôle que le cinéma jouait à une époque. Depuis douze ou treize ans, ce sont les séries de qualités qui ont pris le relais en offrant une expérience narrative ouverte à tous."
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Mais l'opération d'écrire implique celle de lire comme son corrélatif dialectique et ces deux actes connexes nécessitent deux agents distincts. C'est l'effort conjugué de l'auteur et du lecteur qui fera surgir cet objet concret et imaginaire qu'est l'ouvrage de l'esprit. Il n'y a d'art que pour et par autrui.
On a le droit de faire sursauter un lecteur, de le prendre à rebrousse-poil, de le provoquer à réfléchir ou à réagir au plus profond de lui-même: on peut aussi le laisser de glace, bien sûr, lui passer à côté, le manquer ou lui manquer. Mais il ne faut jamais le dérouter, on n’en a pas le droit : il ne faut jamais, en effet, qu’il ne sache plus où il en est, sur quelle route, même s’il ignore où cette route le conduit.
Se permettre de tout penser serait manquer de savoir vivre : les meilleures preuves de respect qu'on puisse donner à l'intelligence du lecteur, c'est de lui laisser quelque chose à penser.
Lecteur, si ta vie n'est pas un roman, une fiction divine, un rêve d'éternité alors laisse ces pages, ne me lis pas plus avant. Car je te serai indigeste, et il te faudra me vomir sans profit ni pour toi ni pour moi.