Extrait : " Il faut avoir été privé de la vie, écrit-il à Rivière, de l'irradiation nerveuse de l'existence, de la complétude consciente du nerf pour se rendre compte à quel point le sens et la science de toute pensée sont cachés dans la vitalité nerveuse des moelles et combien ils se trompent ceux qui font un sort à l'intelligence ou à l'absolue intellectualité. Il y a par-dessus tout la complétude du nerf. Complétude qui tient toute la conscience, et les chemins occultes de l'esprit dans la chair."
Tout ce qui est au monde est concupiscence de la chair, ou concupiscence des yeux, ou orgueil de la vie: libido sentiendi, libido sciendi, libido dominandi.
Qu'est-ce qu'une oeuvre réussie, sinon une chair, une chair authentiquement vivace dont les gestes sont les organes, la pulpe, les nerfs, le sang, un luxueux instrument, la patine.
« La cendre ne parvient qu'à me prouver la flamme » (Hugo). Réfutation parfaite de tous les pessimismes: comment le mal, qui est le résidu du bien, peut-il être conçu comme sa négation? Le pessimisme se sert de la cendre pour nier le feu, du marécage pour nier la source, du squelette pour nier la chair, de tous les déchets pour réfuter les origines.