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Je ne suis pas devenu hérétique du jour au lendemain. J'ai commencé par remettre en cause l'autorité du rebbe, la sagesse des maîtres à penser du hassidisme et le caractère ultraconservateur et insulaire de notre mode de vie. Ensuite, je me suis engagé plus franchement en territoire interdit : j'ai douté du Talmud (recelait-il vraiment la parole de Dieu ?), puis de la Torah (pouvais-je croire à tout ce qu'elle disait ?). Enfin, mes interrogations se sont portées sur Dieu : où était-Il ? Qui pouvait savoir ce qu'Il voulait et s'Il existait vraiment ?
Lorsque vous êtes confiné dans un lieu où l'essence même de votre être vous semble honteuse, vous n'avez plus qu'une obsession : dissimuler votre véritable identité sous un costume socialement acceptable.
"...Mon costume commençait à craquer de toutes parts. D'une manière ou d'une autre, la vérité, je le savais, éclaterait bientôt au grand jour."
En anglais : "When caught in a world where your very essence feels shameful, life turns into a feverish obsession with suppressing your true identity in favor of a socially accepted one."
Les idées que j'avais toujours tenues pour acquises, confiant dans la parole des rabbins, certains que les textes sacrés recelaient des vérités absolues, m'apparaissaient désormais comme douteuses, voire fallacieuses.
D'après le Talmud, "un Juif, même s'il a pêché demeure un Juif." L'hérétique, en revanche, est perdu pour toujours. "Ceux qui partent ne reviennent pas."
Le but en est la ghettoïsation volontaire. Se distinguer par sa langue et sa tenue permet de réduire au minimum les échanges avec le monde extérieur, et contribue à vous en maintenir à l'écart.
La phrase dans son contexte : "« Grâce à trois principes méritoires, les enfants d'Israël furent délivrés d'Égypte : ils ne modifièrent ni leurs noms, ni leur langue, ni leurs vêtements. » Cette formule midrashique résume la philosophie du monde hassidique moderne, un univers défini par les valeurs simples de la fidélité culturelle. Le but en est la ghettoïsation volontaire. Se distinguer par sa langue et sa tenue permet de réduire au minimum les échanges avec le monde extérieur, et contribue à vous en maintenir à l'écart. Limiter l'éducation profane et le savoir venu de l'extérieur tient à distance les idées étrangères. Interdire les médias et les divertissements populaires préserve de la tentation. C'est ainsi que les hassidim se voient épargnés par les calamités du monde moderne."
En anglais : "The objective is self-imposed ghettoization. Distinct language and dress keep interactions with outsiders to a minimum and help maintain separation from the wider world. Restrictions on secular education and outside knowledge keep foreign ideas at bay. Bans on media and popular entertainment keep away temptation. And so the Hasidim are spared the calamities of modernity."
Notre métier d'enseignant, quel qu'en soit le niveau, peut être épuisant, décevant. Il peut donner une terrible aigreur, mais il y a une récompense suprême, qui est de rencontrer l'élève beaucoup plus doué que soi-même, qui va avancer bien au-delà de soi-même, qui va peut-être créer l'œuvre qu'un prochain enseignant va enseigner. Ça m'est arrivé quatre fois dans ma vie. C'est une vocation absolue d'être professeur. Il ne faut jamais oublier que j'appartiens à un passé, à une culture où le mot rabbin, rabonim, ne veut pas dire prêtre ou homme sacré. C'est le mot le plus modeste pour dire professeur. Un rabonim, c'est tout simplement un professeur, et c'est peut-être la profession la plus orgueilleuse et, en même temps, la plus humble qui soit.
Parmi les instruments de l'évolution qui servent à la survie, c'est la capacité de conjuguer les verbes au futur que je considère comme le plus important.
Extrait : " Parmi les instruments de l'évolution qui servent à la survie, c'est la capacité de conjuguer les verbes au futur – quand, comment la psyché a-t-elle acquis ce pouvoir à la fois monstrueux et libérateur ? – que je considère comme le plus important. Sans elle, les hommes, les femmes ne seraient rien de plus que ces "pierres qui tombent" dont parle Spinoza "
Au fur et à mesure que la civilisation urbaine et industrielle assoit sa domination, le niveau de nuisance sonore connaît une inflation exponentielle, qui confine aujourd'hui à la folie. Pour les privilégiés, à l'âge classique de la lecture le silence est encore une denrée rare accessible dont le prix cependant ne cesse d'augmenter.
Apprendre par coeur, c'est entrer dans l'oeuvre même : Tu vas vivre en moi et je vais vivre avec toi. Les textes marchent à côté de nous ; se promener avec un poème de Baudelaire, c'est être en très bonne compagnie.
J'ai essayé de passer ma vie à comprendre pourquoi la haute culture n'a pas pu enrayer la barbarie, pourquoi elle en a été souvent l'alliée, le décor, le choeur au sens du choeur d'une tragédie grecque.
Extrait : " La dignité de l'homo sapiens, c'est exactement ça : la découverte de la sagesse, la quête d'un savoir désintéressé, la création de beauté. Gagner de l'argent et inonder nos vies de biens matériels de plus en plus dénués d'intérêt est une passion profondément vulgaire, dévastatrice... Ce n'est pas la censure politique qui tue, c'est le despotisme du marché de masse et les retombées du vedettariat commercialisé."
La mort d'une langue, fut elle chuchotée par une infime poignée sur quelque parcelle de territoire condamné, est la mort d'un monde. Chaque jour qui passe s'amenuise le nombre de manières de dire espoir.