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La baguette de fée du romancier abolit les distances et le temps, se joue de la logique et ordonne le hasard. En somme, le roman est la clé de nos songes au prix d'un effort très minime : la lecture.
Extrait : "Que cherchons nous en lisant des romans? La vie d'un autre, les vies de ceux qui nous séparent des conventions, des respects, des timidités, des ignorances et aussi très souvent, l'argent et la naissance qui ouvre les portes? Chaque lecteur a sa propre lecture, intrinsèquement semblable à son égo. la baguette de fée du romancier abolit les distances et le temps, se joue de la logique et ordonne le hasard. En somme le roman est la clé de songe au prix d'un effort très minime: la lecture. "
Réponse donnée par Paul Valéry alors qu'on lui demandait le sens d'un vers du Cimetière marin
Contexte et précisions
Rapporté par Michel Déon in "Parlons-en… Conversations avec Alice Déon" Gallimard, 1993 :
«Souvent, dans ces séances de signatures auxquelles il faut sacrifier de temps à autre, des lecteurs questionnent ingénument l'auteur : "Où êtes-vous allé chercher ça ?" Impossible de répondre. Le lieu mythique où nous allons "chercher ça" n'existe pas et, pourtant, parviennent des messages auxquels on ne saurait rester sourd. La forme poétique est la transcription brute ou décodée de ces messages. Paul Valéry disait d'un vers du Cimetière marin dont on lui demandait le sens : "Quand il m'est venu, nous étions deux à le savoir : Dieu et moi. J'ai oublié et maintenant il n'y a plus que Dieu." »
Le roman est l'outil idéal qui nargue le temps et l'espace. Il interprète l'irréalité pour en faire de la réalité, ou le contraire. Divagation, intuition, condamnation, délire ou pure complaisance de l'auteur envers soi-même, le roman est tout à la fois. Il mérite seulement quelques soins de son créateur et la complaisance d'un lecteur idéal.
Extrait : " Si je veux me préparer un verre d'eau sucrée, j'ai beau faire, je dois attendre que le sucre fonde. Ce petit fait est gros d'enseignements. Car le temps que j'ai à attendre n'est plus ce temps mathématique qui s'appliquerait aussi bien le long de l'histoire entière du monde matériel, lors même qu'elle serait étalée tout d'un coup dans l'espace. Il coïncide avec mon impatience, c'est-à-dire avec une certaine portion de ma durée à moi, qui n'est pas allongeable ni rétrécissable à volonté."
Acceptez le fait qu'il existe en ce monde des choses que nous ne pouvons expliquer, et la vie deviendra compréhensible. C'est l'ironie de la vie, mais c'est aussi sa beauté.
Extrait : "Vous ne pouvez oublier ce qui est en vous, or je suis en vous. Regardez en vous-même, quand vous vous sentirez perdu, et vous m'y trouverez."
Le devoir est une notion inventée par les empereurs et les généraux, pour nous induire à faire ce qu'ils veulent. Méfiez-vous, quand le devoir parle, car il cache souvent les voix d'autres gens. Des gens qui ne songent nullement à votre intérêt.
L'homme digital passe son temps à compter et à dénombrer à l'aide de ses doigts. Le paradigme digital fait du chiffre et du calcul la mesure de toute chose. Les "amis" de Facebook sont essentiellement comptés, alors que l'amitié est quelque chose qui se raconte.
Les vagues d'indignation sont très efficaces pour ce qui est de mobiliser et de monopoliser l'attention... La société de l'indignation est une société du scandale. Elle est dépourvue de contenance, de tenue. L'insoumission, l'hystérie et la rétivité qui caractérisent les vagues d'indignation n'autorisent aucune communication discrète, objective, aucun dialogue.
L'autre, en tant qu'objet de l'amour, est aussi une figure de la négativité. Sans négativité, il n'y a pas d'Éros, juste du porno. La société de la transparence est une société pornographique. Elle intensifie la visibilité et la présence de manière absolue, et fait ainsi disparaître le secret qui les entoure.
Extrait : "La plainte de l'individu dépressif selon laquelle "rien n'est possible" n'est possible que dans une société qui croit que rien n'est impossible. Ne plus pouvoir pouvoir aboutit au reproche destructeur que l'on se fait à soi-même, et à l'auto-agression. Le sujet de la performance se trouve en guerre contre lui-même. La dépression est la pathologie d'une société qui souffre de l'excès de positivité."
Frei sein (être libre) signifie originellement bei freunden sein (être auprès d'amis). Freiheit (liberté) et Freund (ami) ont la même racine. Fondamentalement, la liberté est relation.
La société de la discipline de Foucault, composée d'hôpitaux, d'asiles, de prisons, de casernes et d'usines, n'est plus la société d'aujourd'hui. Elle a été remplacée par une toute autre société, une société des salles de fitness, des tours de bureaux, des banques, des aéroports, des centres commerciaux et des laboratoires de génétique.
La fiction est fiction. Appeler une histoire "histoire vraie", c'est faire injure à la fois à l'art et à la vérité. Tout grand écrivain est un grand illusionniste.
Par Jean-Claude Carrière dans "Contes philosophiques du monde entier" 2 qui l'attribue à auteur sud-américain dont il a oublié le nom :
"A ce propos, un auteur sud-américain, dont malheureusement j'ai oublié le nom, a écrit quelque part que nous connaissons et racontons deux sortes d'histoires, celles qui sont vraies et celles qui sont inventées. Mais, ajoute cet auteur, et je ne peux que l'approuver, car tout l'art du conteur est ici mis en cause, « une histoire inventée doit paraître vraie, et une histoire vraie doit paraître inventée »."