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La noblesse d'un individu se reconnaît peut-être avant tout à l'hésitation et à la délicatesse avec lesquelles il cueille les joies qui s'offrent à lui. Il ose à peine. L'homme bas, lui, ose toujours. À la limite, il ne se sent que des droits.
Ce qui est éternel n'a pas besoin d'être rajeuni : il suffit de le ramener à son intégrité primitive. Le véritable aggiornamento consiste à souffler sur la poussière d'hier et non à la remplacer par la poussière d'aujourd'hui que balayera le vent de demain.
L'ère moderne est caractérisée par la montée de l'homo juridicus, de l'homme qui a des droits, qui ne pense qu'à ses droits, et dont l'orgueilleuse platitude, assise en reine sur l'univers a désappris, pour jamais peut-être cette extase héroïque de l'être qui reçoit ou qui conquiert quelque chose de gratuit, de mystérieux et de vierge. Cet instinct du droit tue l'amour : elle en tarit la source la plus profonde, qui est la gratitude.
L'idéalisme n'arrive jamais à nous prouver autre chose que cette évidence : tout ce que je connais, c'est moi qui le connais - On ne peut pas sortir de soi-même. Soit. Mais Dieu et le monde peuvent entrer en nous.
Tu veux conquérir le dernier, l'unique trésor. Ne totalise ni tes efforts ni tes conquêtes. La richesse éternelle ne s'acquiert pas par addition. Le chiffre le plus voisin de l'infini se nomme zéro. Repars à zéro chaque matin.
Les médisances qui nous nuisent le plus sont celles où le médisant marie savamment le bien au mal et semble ne constater le mal qu'à regret. La divulgation du mal revêt ainsi une apparence d'objectivité douloureuse qui lui confère une force accrue de persuasion, et c'est là le sommet de l'art de médire.
Je vais chaque jour à mon bureau, je m'assois à ma table et j'allume l'ordinateur. Là, je dois ouvrir la porte. C'est une grande, une lourde porte. Il me faut passer dans l'Autre Pièce. Métaphoriquement bien entendu. Et il faut revenir dans cette pièce-ci. Et il faut refermer la porte. Et c'est littéralement de la force physique pour ouvrir et refermer la porte. Et, si je perds cette force, je ne peux plus écrire de roman. Je peux écrire des nouvelles, mais pas un roman.
Propos recueillis par Emma Brockes : "Haruki Murakami, Bref , j'ai survécu" dans "La littérature japonaise : De Sôseki à Murakami, en passant par Kawabata" (Collectif d'auteurs 2012)
Je vais dans mon subconscient. Je dois pénétrer ce chaos. Mais d'y aller et d'y revenir est une sorte de routine. Il faut avoir du sens pratique. Alors chaque fois que je dis que, si on veut écrire un roman, il faut avoir du sens pratique, ça barbe les gens.
Propos recueillis par Emma Brockes : "Haruki Murakami, Bref , j'ai survécu" dans "La littérature japonaise : De Sôseki à Murakami, en passant par Kawabata" (Collectif d'auteurs 2012)
Éloquence. Ce qu'on appelle ainsi n'est, dans la plupart des cas, que la sincérité du mensonge, une espèce d'aisance, de spontanéité et de naturel dans l'art d'exprimer ce qu'on ne vit pas.
Il y a quelque chose de plus important que ce qu'on affirme ou que ce qu'on nie : c'est la qualité de l'esprit qui affirme ou qui nie. Je me sens plus près d'un athée profond que d'un croyant superficiel. Une rose en papier est plus loin d'une vraie rose qu'un chardon réel.