Extrait : "Que chacun examine ses pensées, il les trouvera toutes occupées au passé ou à l'avenir. Nous ne pensons presque point au présent, et si nous y pensons, ce n'est que pour en prendre la lumière et pour disposer de l'avenir. Le présent n'est jamais notre fin. Le passé et le présent sont nos moyens, le seul avenir est notre fin."
(en parlant de sa vie) Je veux arrêter la promptitude de sa fuite par la promptitude de ma saisie, et par la vigueur de l'usage compenser la hâtiveté de son écoulement ; à mesure que la possession du vivre est plus courte, il me la faut rendre plus profonde et plus pleine.
Il n'y a aucune constante existence, ni de notre être, ni de celui des objets. Et nous, et notre jugement, et toutes choses mortelles vont coulant et roulant sans cesse.
Une intelligence qui, pour un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée, et la situation respective des êtres qui la composent, si d'ailleurs elle était assez vaste pour soumettre ces données à l'analyse, embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grand corps de l'univers et ceux du plus léger atome : rien ne serait incertain pour elle, l'avenir comme le passé seraient présents à ses yeux.
Cette "intelligence" est aussi dénommée "démon de Laplace" ou "génie de Laplace". Le terme de démon est à prendre dans son sens grec ( daemon) et ne doit pas être pris dans un sens maléfique; il a été introduit non par Laplace lui-même mais par des commentateurs de sa phrase.
La durée toute pure est la forme que prend la succession de nos états de conscience quand notre moi se laisse vivre, quand il s'abstient d'établir une séparation entre l'état présent et les états antérieurs.
Il faut être toujours ivre, tout est là ; c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.
Mais de quoi ? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous !
Jette donc tout, ne garde que peu de chose. Et encore souviens-toi que chacun ne vit que dans l'instant présent, dans le moment; le reste c'est le passé ou un obscur avenir.
O temps suspends ton vol ! C'est le vœu du poète, mais qui se détruit par la contradiction, si l'on demande : “Combien de temps le temps va-t-il suspendre son vol ?”
Depuis l'origine des temps, toute la musique - sauf la musique vocale - a été produite au moyen de machines. Que sont une flûte, une trompette, ou mieux encore un violon, sinon des instruments complexes que seul un «technicien» peut manier ?
La conscience du temps, sous la forme la plus pure, c'est l'ennui, c'est à dire la conscience d'un intervalle que rien ne traverse ou que rien ne peut combler.
J'ai tort sans doute si je me plains du traitement que les autres me font subir. Car il est toujours un effet et une image du traitement que je leur inflige. Mais si je m'attriste de n'être pas assez aimé, c'est que je n'éprouve pas moi-même assez d'amour.
Extrait : "Je n'ai jamais voulu être rien d'autre qu'un rêveur. Si l'on me parlait de vivre, j'écoutais à peine. J'ai toujours appartenu à ce qui n'est pas là où je me trouve, et à ce que je n'ai jamais pu être. Tout ce qui n'est pas moi – si vil que cela puisse être – a toujours eu de la poésie à mes yeux. Je n'ai jamais souhaité que ce que je ne pouvais pas même imaginer. Je n'ai jamais demandé à la vie que de m'effleurer, sans que je la sente passer. Je n'ai jamais rien demandé à l'amour que de rester un rêve lointain. "