Lettre à Théo Van Gogh, Arles, 9 ou 10 juillet 1888
Contexte et précisions
Extrait : "Moi je déclare ne pas en savoir quoi que ce soit.– Mais toujours la vue des étoiles me fait rêver aussi simplement que me donnent à rêver les points noirs représentant sur la carte géographique villes & villages.
Pourquoi, me dis je, les points lumineux du firmament nous seraient elles moins accessibles que les points noirs sur la carte de France.
Si nous prenons le train pour nous rendre à Tarascon ou à Rouen nous prenons la mort pour aller dans une étoile. Ce qui est certainement vrai dans ce raisonnement c'est que étant en vie nous ne pouvons pas nous rendre dans une étoile. pas plus qu'etant morts nous puissions prendre le train."
En anglais : "For my part, I know nothing with any certainty, but the sight of the stars makes me dream."
Si la conscience n'est comme l'a dit un penseur inhumain, qu'un éclair entre deux éternités de ténèbres, alors il n'y a rien de plus exécrable que la conscience.
On vit dans le souvenir et par le souvenir, et notre vie spirituelle n'est, au fond, que l'effort de notre souvenir pour persévérer, pour se faire espérance, l'effort de notre passé pour se faire avenir.
Ce n'est pas nos idées qui nous font optimistes ou pessimistes, c'est notre optimisme ou notre pessimisme d'origine physiologique ou au besoin pathologique, l'un autant que l'autre, qui fait nos idées.
La philosophie se convertit volontiers et souvent en une sorte de proxénétisme, spirituel si l'on veut. D'autres fois, en opium pour endormir les chagrins.
Nous croyons maîtriser la pensée, mais il serait plus juste de dire que nous sommes généralement soumis au processus de la pensée que nous essayons de contrôler.
L'individuel est en fait l'universel. L'individualité véritable n'est possible que si elle se déploie à partir du tout. L'égoïsme est centré sur l'image de soi qui est une illusion et une erreur.
Un paradigme n'est pas simplement une théorie scientifique particulière mais toute une méthode de travail, de réflexion, de communication et de perception intellectuelle.
Votre oeil est-il méchant parce que celui de Dieu est bon ? En mettant en cette bonté une criminelle confiance, vous devenez impudent contre la sagesse et audacieux contre la puissance.